Nicolas Weisz Avocat
Droit des affaires & Droit du sport

La quinzaine de Roland Garros arrive à son terme, et c'est peu de dire que le tennis français n'a pas été l’honneur. Laissons l'analyse des résultats sportifs aux spécialistes, pour se consacrer sur une séquence controversée d’à peine une minute, relayée à vitesse grand V par les médias et les réseaux sociaux.

 

  • Les faits 

Lundi 29 mai aux abords des cours de Roland Garros. Une interview télévisée est donnée entre la journaliste Maly Thomas et un jeune tennisman français Maxime Hamou, parfait anonyme du circuit professionnel (287ème mondial) et éliminé dès le premier tour. Cet entretien faisait vraisemblablement office de séquence décalée sur la chaîne Eurosport, et ce jusqu'à la ... première question.

D'anecdotique, l'interview s'est muée en gêne puis en réel malaise, lorsque le joueur a tenté à de nombreuses reprises d’embrasser son interlocutrice, d’abord « pour rigoler » puis de manière insistante en se permettant même de la tenir fortement par l’épaule, frôlant sa poitrine.

 

  • Quelle analyse à chaud?

Simple mouvement d’euphorie et de fougue d’un jeune joueur inconnu du grand public, qui aurait vu là sa minute de gloire ? Sexisme décomplexé ? Ou agression sexuelle ?

A la vue des images en direct, il est particulièrement difficile de répondre à cette question tant la journaliste s’est montrée professionnelle et tant l’ambiance semblait détendue : rires des présentateurs en plateau, des invités ...

Revisionnons la séquence et prêtons-nous à son analyse, afin de qualifier les agissements et leurs potentielles conséquences pour Maxime Hamou. Trois axes d'analyse sont à privilégier.

 

  • L'axe disciplinaire

En premier lieu, il ne fait aucun doute que Maxime Hamou est passible de sanctions auprès de la Fédération Française de Tennis (FFT). En effet, en tant que licencié de la FFT, il est soumis à son règlement disciplinaire, et se doit à ce titre de faire honneur à l’image de son sport, des organisateurs de tournois, des sponsors et des spectateurs.

Les instances fédérales n’ont d’ailleurs pas attendu pour le sanctionner, en lui retirant immédiatement son accréditation pour l’ensemble de la compétition. Etant déjà éliminé, cette mesure qui peut paraître symbolique, l'a simplement privé du Roland Garros showbizz et People. Si le joueur était encore en lice, Il en aurait été autrement, puisqu’il aurait été tout simplement exclu de la compétition.

Toutefois, précisons que cette sanction a été prononcée en urgence et à titre provisoire, de sorte que Maxime Hamou devra répondre de ses actes auprès de la commission des litiges (commission de discipline) de la FFT. Il est tout à fait envisageable qu’une sanction significative soit prononcée, telle qu’une suspension pour une période donnée, synonyme d’une interdiction de prendre part à toute compétition.

 

  •  L'axe pénal

Bien que les faits se soient produits dans le cadre d’un des plus grands événements sportifs au monde, il n’en demeure pas moins que Maxime Hamou reste un citoyen comme les autres, qui doit répondre de ses actes.

Ici, la qualification d’agression sexuelle revient avec insistance. Selon le Code pénal (article 222-22), « constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. » 

En regardant de nouveau les images, on pourrait parler d’agression sexuelle. Il est alors important de préciser que la loi ne s’accomode pas des rires, du contexte détendu pour qualifier les faits. A l’inverse, elle permet aux juges d'apprécier les circonstances pour prononcer une sanction proportionnée aux faits.

Avant de parler de sanction, il revient à la première concernée de porter plainte contre son « agresseur », ou au Procureur de la République de se saisir du dossier pour que le processus judiciaire soit enclenché. A ce jour, aucune position n’a été rendue publique.

 

  • L'axe sportif

Sortons du strict cadre juridique pour se livrer à une analyse strictement sportive de la situation.

Il est incontesté que les sportifs doivent leur réussite d'une part à leur talent, et d'autre part à l’image qu’ils renvoient auprès du public, des sponsors, des organisateurs. Cela est d’autant plus vrai lorsqu'’ils pratiquent un sport individuel (tennis, natation, golf…). 

En partant de ce postulat, il est légitime de penser que l'image d’un joueur au comportement répréhensible puisse engendrer la réticence du public et des financeurs. D'autant plus que la veille, Maxime Hamou s’était présenté en conférence de presse un paquet de chips à la main, répondant aux questions avec désinvolture et mépris.

Il en résulte que Maxime Hamou voit d’ores et déjà sa carrière naissante impactée par ses actes, relayés dans le monde entier (jusqu’à en faire un « top Tweet »).

On pourrait toutefois nuancer l’ensemble de ce qui précède, en relevant que les joueurs fantasques par leurs sorties sur et en dehors des courts sont légion dans le tennis depuis des décennies (McEnroe comme ambassadeur, Monfils à moindre degrés ou encore Kyrgios le nouveau venu). Cela dit, force est de constater que les joueurs concernés sont et ont été pour la très grande majorité des joueurs incontournables voire légendaires de ce sport, ce que n’est pas à ce jour Maxime Hamou.

Alors Maxime Hamou méritait-il « une droite dans la gueule » selon sa victime, des sanctions disciplinaires et/ou des sanctions pénales ? Est-il déjà cloué au pilori sur la place sportive? 

Contentons-nous aujourd’hui des mots d’un père, premier juge de paix pour un fils, qui parle du sien comme d’« un petit insolent […] en rébellion avec tout le monde […] au comportement complètement immature […] » et en « crise d’adolescence ».

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