Nicolas Weisz Avocat
Droit des affaires & Droit du sport

Football

Affaire Serge Aurier : vers une rupture de son contrat de travail ?


Coup de tonnerre au PSG à quelques jours de son huitième de finale de Ligue des champions contre Chelsea.

Samedi soir, dans une vidéo publiée via le réseau social Périscope, Serge Aurier, jeune joueur en pleine ascension du PSG, a tenu des propos d’une grande violence à l’égard de ses propres coéquipiers, et pas n’importe lesquels.

En effet plusieurs stars du PSG et même l’entraîneur en prennent pour leur grade : Ibrahimovic « qui fait ce qu’il veut », Di Maria le « guignol », le gardien Sirigu qui est « guez » (nul) et Laurent Blanc la « fiotte » (entre autres).

Le joueur a immédiatement été mis à pied après que la vidéo ait été publiée sur internet, et relayée à vitesse grand V. Il y aurait déjà eu plusieurs millions de vues en à peine 24 heures.


Que dit la loi ?


L'utilisation des réseaux sociaux relève par principe de la vie privée du salarié. Le club ne peut donc s'immiscer dans cette sphère particulière dans laquelle son joueur/entraîneur bénéficie d'une liberté d’expression et d'opinion reconnue comme fondamentale.

Toutefois, le droit étant adepte des exceptions, les tribunaux se sont plusieurs fois prononcés afin de limiter l'étendue de cette sphère : lorsque les propos du salarié sont publiquement accessibles, sont abusifs et causent un trouble manifeste à l’employeur, ceux-ci peuvent être contestés et faire l’objet de sanctions disciplinaires.

En pareille situation, le club peut donc se prévaloir des propos publics de ses joueurs pour les sanctionner. Encore faut-il qu’ils soient particulièrement déloyaux, abusifs voire insultants et prononcés avec une certaine intention de dénigrer le club.

Si tel est le cas, les propos peuvent constituer une faute grave justifiant la rupture du contrat avant le terme initialement convenu.

Serge Aurier a-t-il commis une faute grave ?

Les propos de Serge Aurier, publiquement prononcés, sortent indiscutablement de sa sphère privée puisque ce sont ses collègues et plus encore son propre employeur qui sont les premiers visés.

Ici une faute a bien été commise, lui-même l’a reconnu. Est-elle pour autant suffisamment grave pour justifier la rupture du contrat de travail ? Plusieurs éléments plaident en ce sens :

  • les propos de Serge Aurier n’ont pas été prononcés à chaud, sous la colère. Ils l’ont été dans une vidéo qui dure environ 45 minutes, soit dans un laps de temps qui présuppose une certaine lucidité et une conscience des propos et de leur signification.
  • les termes utilisés sont explicites et violents, notamment à l'encontre de son entraîneur Laurent Blanc, cité à plusieurs reprises. Nul besoin de se livrer à une quelconque interprétation.
  • De plus, Serge Aurier est un récidiviste. Il avait été sanctionné de 3 matchs de suspension par l’UEFA (en plus de sanctions financières par son club) l’année dernière, pour avoir insulté sur les réseaux sociaux l’arbitre de la rencontre entre Chelsea et le PSG de « fils de … ».
  • Il est évident qu'en tant que sportif professionnel, Serge Aurier bénéficie d’un rayonnement médiatique tel qu’il se doit d’avoir un comportement exemplaire, au risque de porter atteinte à son image mais encore plus à celle de son club.

Cela est d’autant plus vrai que son employeur le PSG travaille d’arrache pied depuis le début de l’ère Qatar afin de conquérir une notoriété nationale et internationale qui a depuis des années la faveur de l’Olympique de Marseille ou encore de l'Olympique Lyonnais.

  • sachant que la paix du vestiaire conditionne en grande partie les résultats d’un groupe, s’en prendre publiquement à Ibrahimovic et Di Maria, stars mondiales et figures du PSG nouveau, ferait d’ores et déjà de lui persona non grata.
  • Par ailleurs, la majorité des médias spécialisés ainsi que le monde du football, le Président de l’Olympique Lyonnais Jean-Michel Aulas en porte-parole, ne font montre d’aucune réserve et réclament quasi unanimement des sanctions immédiates.

Bien plus que le PSG, et en pleine affaire de sextape, c’est donc le football français qui se voit une nouvelle fois première victime.

Dans ce contexte, parler de dérapage paraît peu convaincant, de sorte que la caractérisation d’une faute grave par Serge Aurier est envisageable.


Que risque Serge Aurier ?

Une procédure disciplinaire a logiquement été diligentée par le PSG à l’encontre de Serge Aurier.

Dans l’attente d’une décision définitive, il a été mis à pied à titre conservatoire, ce qui signifie qu’il ne percevra aucune rémunération jusqu’à la notification de la sanction, qui pourra aller d’un simple avertissement jusqu’à la rupture de son contrat de travail pour faute grave, en passant par une mise à pied à titre disciplinaire.

En cas de rupture du contrat, Serge Aurier verrait donc s’effondrer son contrat de travail courant jusqu’à l’issue de la saison 2018/2019, abandonnant alors un salaire d’environ 3 millions d’euros bruts par an.

Cette nouvelle affaire pourrait un peu plus accentuer le recours par les clubs aux conseillers en communication, personnels ou non, comme cela est déjà le cas au sein des plus grands clubs.


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