Nicolas Weisz Avocat
Droit des affaires & Droit du sport

Football

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Cinq mois seulement après son arrivée en tant qu’entraîneur du club de football de Lille (le LOSC), Marcelo Bielsa, surnommé « El loco » (le fou), a été remercié par ses dirigeants. Retour sur cet épisode qui à n’en pas douter contribuera à la légende du personnage.

 

  • La signature d’un contrat de travail avec le LOSC

Marcelo Bielsa s’est engagé l’été dernier avec le LOSC pour une durée de deux ans. Les parties ont alors signé un contrat de travail tout à fait classique selon lequel il devait entraîner l’équipe professionnelle du club en contrepartie d’une rémunération (salaires, primes, avantages en nature…). Ce contrat a été transmis aux instances professionnelles du football pour homologation, comme cela est requis par les règlements. 

 

  • La rupture anticipée du contrat de travail de Marcelo Bielsa

Fin novembre, après une nouvelle défaite du LOSC, la 7ème en 13 matchs de championnat, les dirigeants ont pris la décision de se séparer de leur entraîneur.

Juridiquement, il est important ici de préciser que les entraîneurs ainsi que les joueurs professionnels sont liés à leur club par des contrats à durée déterminée, d'une durée dérogatoire pouvant aller jusqu'à 5 ans. Or, le CDD étant un contrat précaire, la rupture anticipée demeure très encadrée et ne peut intervenir que dans des situations bien précises. Dans le sport il s’agit avant tout de :

       - La conclusion d’un commun accord entre les parties.

       - La commission d’une faute grave par l’une des parties.

Ici, le club a invoqué la faute grave de Marcelo Bielsa pour rompre le contrat après seulement 5 mois. Sachant que les mauvais résultats sportifs ne sont jamais fautifs, l’entraîneur étant tenu par une obligation de moyen et non de résultat, le club a dû faire preuve d'imagination pour justifier sa décision. Des motifs disciplinaires ont ainsi été invoqués par le club au sein de la lettre de rupture.

 

  • Les conséquences financières de la rupture du contrat de Marcelo Bielsa

Marcelo Bielsa a déjà fait entendre qu'il contestait la rupture devant le Conseil de prud'hommes. Deux cas de figure peuvent se produire en pareille hypothèse :

          - si la faute grave s'avère justifiée, Marcelo Bielsa n'aura droit à aucune indemnisation. 

       - en revanche, si Marcelo Bielsa fait reconnaître devant les tribunaux que la faute grave est infondée, il sera indemnisé au minimum à hauteur des salaires qu’il aurait dû percevoir si le contrat était arrivé jusqu’à son terme.

On pourrait d’ores et déjà se lancer dans un débat et spéculer sur les chances de succès de Marcelo Bielsa devant les tribunaux. On pourrait... Mais El Loco avait tout prévu.  

 

  • La conclusion d’un accord annexe « secret »

Faute grave ou non, Marcelo Bielsa et ses conseillers ont pris leur disposition avant de s’engager. C'est ainsi que l’existence d’un accord annexe "secret" (non transmis aux instances du football) vient d’être révélée.

Cet accord instaure une garantie financière au profit de Marcelo Bielsa : en cas de départ anticipé, quelle qu’en soit la raison, c’est-à-dire même si une faute grave devait lui être imputée, il sera assuré de percevoir l'intégralité des salaires lui restant dus au jour de cette rupture. 

Ce parachute doré, qui vient contourner les dispositions strictes du Code du travail, est estimé aujourd’hui à environ 15 millions d’euros et correspond donc aux salaires qu'il aurait perçus jusqu'au mois de juillet 2019.

Marcelo Bielsa va donc se prévaloir de ce contrat devant le Conseil de prud'hommes pour écarter tout débat sur le fond du dossier. En d'autres termes, sauf si le club applique spontanément cet accord, ce qui parait peu probable à ce jour, l'action judiciaire de Marcelo Bielsa aura pour objet de faire reconnaître le plein effet de ce second accord, nonobstant son caractère secret.

 

  • On l’appelle El Loco ?

Voila donc le moyen habile qu'a trouvé Marcelo Bielsa pour sécuriser son contrat et s'octroyer une certaine sérénité, financière certes mais aussi sportive, en bénéficiant de temps pour s'adapter et performer. Car il était difficile d'imaginer que le club prenne le risque de se séparer si rapidement de son technicien face au caractère très dissuasif de l'indemnisation financière. 

Au final, si on regarde les choses avec un peu de recul, celui qui se fait appeler El Loco pour ses méthodes de management et de communication peu orthodoxes, sait devenir sage lorsqu’il s’agit de servir ses propres intérêts. 

Même s’il faut reconnaître que réussir à gagner plus d’argent en 5 mois que Neymar s’apparente à de la folie …

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